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Une famille, une rue : découvrir une rue à travers les yeux des familles qui l’habitent…

Tout comme l’équipe de l’AssoM@G , nouveau magazine de l’Association des familles du Centre-Sud (bientôt disponible sur ce site) qui par ces divers articles vous fera découvrir le quartier Centre-Sud à travers les yeux des familles qui y habitent, celle du Soleil vous emmène au centre-ville de Québec avec des réalités similaires, des préoccupations, des idéologies et valeurs familiales qui font notre quotidien.

Qu’elles soient commerçantes ou historiques, ces artères qui donnent tout son sens au quartier, (ici St-Roch), révèlent leur charme par l’intermédiaire de ces familles qui y trouvent leur bonheur malgré le bruit et l’agitation – l’urbanité en soi.

Voici l’excellent article du Soleil, signé Michèle Laferrière.

Catherine Lavoie tient dans ses bras Simone, deux ans et demi. Lou, sept ans, s'appuie sur son papa, Thomas Pélissier. source : Le Soleil, Yan Doublet

Catherine Lavoie tient dans ses bras Simone, deux ans et demi. Lou, sept ans, s’appuie sur son papa, Thomas Pélissier. source : Le Soleil, Yan Doublet

Catherine Lavoie a «fait» tous les quartiers de Québec. Quand elle a rencontré Thomas Pélissier, en 2008, elle habitait sur le boulevard Langelier, qui délimite l’extrémité ouest de Saint-Roch. «C’est viscéral, je m’identifie au quartier, confie-t-elle. Je suis une personne de ville.»

La proximité des services et la joie de faire ses courses à pied constituent de formidables motifs pour s’installer en ville. Thomas et Catherine se «dépannent» à l’Intermarché, mais ils achètent leur poisson «chez Jeff», leurs croissants à la Boîte à pain et leur viande chez Eumatimi. Et quand le Jean Coutu a ouvert ses portes, au coin de Saint-Joseph et Dorchester, Catherine a ressenti un délicieux frisson que Thomas n’a jamais réellement compris.

Immeuble de condos

La petite famille vit au cinquième étage d’un immeuble à condos, entre les rues Caron et Dorchester. Elle profite d’une terrasse communautaire sur le toit, mais elle n’a pas de balcon, pas de cour, pas de chalet. C’est le revers du centre-ville. Le parc Victoria et la bibliothèque Gabrielle-Roy lui servent d’aire de jeux. Et tout ce beau monde a «accès à la banlieue» grâce aux parents de Catherine qui habitent sur la Rive-Sud et qui partagent avec la marmaille leur piscine et leur barbecue.

De leur condo du cinquième étage, les Pélissier-Lavoie jouissent d’un panorama surprenant, sur leur rue d’abord, bien au-delà de l’église Saint-Roch, puis sur la haute ville et, du côté nord, vers les Laurentides à quelques kilomètres du centre-ville. En contre-plongée, la terrasse de la brasserie La Korrigane aménagée en alcôve diffuse une rumeur incessante les soirs d’été. C’est un irritant, affirme Thomas. Les occupants l’atténuent avec le ronron de l’air climatisé.

Leur condo est sur deux niveaux, séparés par un palier converti en vestibule. Aidé par la famille et les amis, Thomas l’a refait en entier. En bas, la grande pièce témoigne du style de vie actif de la famille. Plusieurs appareils d’exercices sont regroupés devant une fenêtre. Des jouets et des livres animent les étagères qui servent de divisions entre le salon et la salle à manger. Ouvert sur la cuisine, le grand comptoir révèle l’importance de la bouffe dans la vie de ces gens. Les deux chambres sont à l’étage. Celle des filles est fermée, alors que la seconde est aménagée en mezzanine au-dessus du salon.

La marche comme mode de vie

Le mot auto a été prononcé une fois ou deux pendant l’entrevue. Ils utilisent la leur pour les virées en banlieue et pour emmener Simone à la garderie. Thomas, copropriétaire du restaurant Le Clocher penché, coin Caron-Saint-Joseph, arrive à son boulot en trois enjambées. Et Catherine met une vingtaine de minutes pour se rendre au «complexe G» à pied, après avoir déposé Lou à l’école Saint-Jean-Baptiste, rue Saint-Jean.

Marcher pour magasiner, pour travailler et pour se divertir, ça se traduit par une accumulation de pas et de calories dépensées qui gardent les gens en forme physiquement et mentalement. La conscience de «faire partie d’un tout» s’aiguise plus naturellement sur un trottoir que sur un boulevard. Les pauvres, les quêteux et les itinérants semblent moins menaçants quand on les salue tous les matins sur leur coin de rue et qu’on leur donne l’occasion de nous offrir un sourire, une chanson, un timide bonjour.

Vie de quartier

«La vie de quartier s’est beaucoup développée depuis quelques années», observe Thomas, qui habite Saint-Roch depuis 2002. «Les samedis d’été, sur Saint-Joseph, c’est comme la rue Saint-Jean.»

Et l’hiver, les lumières qui la quadrillent d’un trottoir à l’autre créent une illusion d’intimité et de proximité. Cette année, la Société de développement commercial a fait prolonger ce système d’éclairage à l’ouest de Dorchester. Vers 23h, quand les fumeurs s’agglutinent devant Le Cercle, on dirait une fête familiale. Ces lumières dissipent l’insécurité liée à la nuit et à une réputation que cette rue ne mérite plus.

Le «Broadway de Québec»

Lasse de monter à la place D’Youville ou de se rendre jusqu’à la rue Saint-Paul pour se nourrir, la population de Saint-Roch a réclamé un marché dans le quartier. En 1847, le marché Jacques-Cartier s’est donc installé à l’emplacement actuel de la bibliothèque Gabrielle-Roy.

«Il était central pour la vie de quartier», raconte Benoît Bordage, consultant en histoire pour les Services historiques des Six Associés. On y tenait aussi des réunions politiques, on y jouait des pièces de théâtre. C’était une plaque tournante de la vie communautaire et culturelle de Saint-Roch, qui constituait le coeur de la basse ville. Avec ses quelque 10 850 habitants, il était alors le quartier le plus peuplé de Québec.

En 1863, le premier tramway hippomobile au Québec s’est mis en branle à la basse ville, entre les rues Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Joseph. Baptisé «le Petit Char», ce transport collectif a incité de nombreux résidants de la haute ville à s’installer dans les quartiers bordant le fleuve.

«Les magasins se sont développés à partir de ce moment-là, poursuit M. Bordage. On surnommait Saint-Joseph, le « Broadway de Québec ». En 1900, la rue comptait 126 boutiques entre Langelier et la gare Saint-Roch, à l’est. Les magasins étaient souvent répartis sur plusieurs niveaux. Pensons au Syndicat, à Paquet, à Brunet et à Laliberté. Leurs propriétaires vivaient à la haute ville, et les citoyens, dans les rues plus au nord.

Entre 1890 et la fin de la crise des années 30, le quartier était considéré comme «le berceau de la chaussure au Canada». «En 1920, il y avait 42 manufactures de chaussures dans Saint-Roch dans lesquelles travaillaient 4800 personnes», mentionne Benoît Bordage. Cette industrie découlait de la présence des tanneurs qui occupaient la portion située aujourd’hui entre les rues de Saint-Vallier et Arago.

Vingt et un pour cent des habitants du quartier étaient des immigrants anglais et irlandais. Les premiers Chinois, eux, sont arrivés à Québec au tournant du XXe siècle. En 1901, ils étaient 28, et en 1921, 98. «Ils opéraient 25 blanchisseries et huit restaurants au carré Lépine [dans le secteur des échangeurs]», mentionne le spécialiste.

Il y a deux siècles, la pauvreté était généralisée dans le quartier Saint-Roch. Le revenu familial moyen était de 800 $ par année et le loyer en représentait plus du quart, soit 221 $ annuellement.

Bien avant leur mouvement de libération, les femmes travaillaient, ainsi que les enfants. Au début du XXe siècle, sous l’influence du travail des enfants, Québec avait le taux de scolarisation le plus faible au Canada dans la catégorie des villes de 30 000 habitants et plus. La ville et le quartier Saint-Roch, pourtant, étaient effervescents. «Il y avait un pub pour 78 habitants», souligne Benoît Bourdage avec humour.

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