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«Mon ado est pire que le tien» (La Presse)

Difficile de ne pas sourire en regardant ces photos. Comme si ces chambres sens dessus dessous nous rappelaient vaguement quelqu’un…

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Les chambres de deux ados (un gars, une fille). (photos fournies par les familles)

Mais ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle. Ces parents d’ados qui ont répondu à l’appel à tous que La Presse a lancé le 1er décembre ont quelque chose en commun: une inquiétude doublée d’impuissance devant tout ce fouillis. Et aussi, heureusement, un certain sens de l’humour pour aider à supporter l’insupportable.

La maison de Diane Desrochers, à Pierrefonds, est impeccable. On pourrait s’y inviter n’importe quand, jure-t-elle, et on y trouvera un foyer propre et en ordre. Mis à part la chambre de sa troisième fille, dont le plancher est couvert de vêtements… (photo ci-haut)

Elle rit au bout du fil. «Je commence à avoir l’habitude, mes deux plus vieilles étaient pareilles.» Diane Desrochers l’admet: elle a manqué de courage pour mettre ses trois filles au pas. Elles en ont fait voir de toutes les couleurs à leur mère. Et même, de toutes les odeurs…

«Un jour, mes filles se sont plaintes de l’odeur dans la chambre de ma deuxième fille. En fouillant, j’ai trouvé des restes de lunchs oubliés dans ses affaires.» Ce jour-là, la chambre a été désinfectée par la fille sur ordre de sa mère, qui frémit encore en pensant à la vermine qui aurait pu s’infiltrer…

Elle soupire.

«J’appelle ça le « syndrome du parent coupable », parce que je suis en garde partagée. On choisit ses batailles. Quand on ne voit ses enfants qu’une semaine sur deux, on ne veut pas toujours être en train d’avoir des prises de bec. Alors, on fait des concessions. Je peux fermer la porte de leurs chambres, mais je ne veux pas qu’elles laissent traîner leurs choses dans les pièces communes.»

Certains parents ont fait parvenir à La Presse une photo clandestinement, en priant la rédaction de taire le nom de leur progéniture. «J’espère fort que le choc de reconnaître son désordre dans le journal sera suffisant pour que ma fille installe enfin le système de rangement pour garde-robe, acheté à sa demande, et dont la boîte est maintenant ensevelie sous les vêtements», a écrit une mère à la fois amusée et désespérée.

«On a déménagé en mai 2012, raconte pour sa part Sophie-Claude Therrien, de Repentigny. Mon fils a mis son linge dans des sacs, et devinez quoi? Il y a encore des sacs dans sa chambre! Il ne dort même plus dans sa chambre, monsieur squatte le salon et retourne dans sa chambre dès que quelqu’un se lève…»

Joël Therrien-Lareau, le «monsieur» de 17 ans en question, ne contredit pas sa mère. «Je n’ai juste pas eu besoin des choses qui sont dans les sacs», explique-t-il. Le désordre?

«Ça ne me dérange pas, dit-il. Mes choses sont plus faciles à retrouver comme ça.» Parce que, malgré les apparences, il y a un ordre dans ce désordre. «Évidemment! Je sais où sont mes choses, c’est pour ça que je ne les perds pas.» Et pour ce qui est de dormir dans le salon? «Ah, ce n’est pas parce que ma chambre est en désordre… ou des fois oui… Des fois, j’ai juste envie de dormir dans le salon…»

L’étude des photos de sa chambre révèle d’ailleurs des choses fascinantes: un gros sac de couchage, un ordinateur, des tas de grands t-shirts, et, sur le lit, un couvre-lit avec des dessins d’étoiles et un oreiller avec des personnages du film d’animation du Roi lion… Un restant d’enfance dans une chambre de jeune homme. Un ado, quoi.

Ça suffit!

Véronica Gill aussi a flirté avec les périls d’un ado bordélique – notamment la fois où des fourmis ont colonisé une flaque de jus abandonnée dans la chambre du fiston de 16 ans.

La photo qu’elle a envoyée a été prise un jour de juin dernier. Le sol est couvert de vêtements, de literie, de cartables d’école, de casquettes et ballons de basket…

Elle raconte:

«Le désordre que vous voyez n’est pas le sien, mais surtout le mien. Ce jour-là, ses tiroirs vomissaient des vêtements et j’avais de la misère à me faire à l’idée de le laisser aller… J’ai donc sauté un petit plomb et vidé tous ses tiroirs. J’ai été soulagée sur le coup, mais évidemment, il n’a pas compris…»

Autant elle accorde d’importance à l’ordre dans sa maison, autant elle a dû revoir ses normes quant à la chambre de son fils. Elle se débat pour obtenir un minimum acceptable à ses yeux: un lit «qui a l’air d’avoir été fait», un plancher dégagé, les vêtements sales empilés en un seul endroit, et interdiction formelle (surtout depuis l’épisode des fourmis!) de manger dans sa chambre. Et ça marche? «Je suis obligée de le lui rappeler régulièrement, admet-elle. Mais je considère qu’il est essentiel d’apprendre à ses enfants à faire le ménage et à s’organiser dans la vie.»

Pour elle, pas question de simplement fermer la porte pour ne pas voir le désordre. «On n’a que cinq pièces dans la maison, ça me déprime de voir une porte fermée, dit-elle. Je lui dis que, lorsqu’il sera chez lui, ce sera à lui de décider. Pour le moment, c’est plate, mais il habite chez moi, et c’est moi qui fais les règles.»

Et en attendant que ça se range autant dans leur tête que dans leur chambre, une dose d’humour ne nuit pas… «Le désordre de ma fille m’envahit dans d’autres pièces de la maison, écrit une mère qui admet elle-même manquer d’autorité. Et comme elle ne trouve plus ses bas, elle vient m’en emprunter sans me demander. Et comme elle ne met pas deux bas pareils, elle me pique deux paires de bas. Comment voulez-vous que je retrouve mes deux autres bas dans ce bordel?»

«M’enfin… Heureusement, elle a d’autres qualités…»

Un territoire à respecter

«Les jeunes se servent de la frontière de la porte pour transformer leur chambre en refuge», dit le psychologue scolaire Rémi Côté. Dans les cas extrêmes de rébellion contre ses parents, le désordre peut atteindre des proportions intentionnellement délirantes. «Par leur malpropreté, les jeunes envoient le signe ils n’accordent pas d’importance à leur chambre. Ils abusent en mettant l’accent sur la malpropreté.»

Mais dans la plupart des cas, le désordre est surtout le reflet de l’âme tourmentée ou désintéressée de celui qui a bien d’autres soucis à l’esprit. Quelle attitude adopter? «C’est du cas par cas, dit Rémi Côté. Sans tomber dans l’affrontement, on peut lui proposer des solutions de rangement de façon à rendre la chambre plus fonctionnelle.» Ne serait-ce qu’en accumulant le linge sale en un seul endroit… «L’ado a besoin de sentir qu’on lui fait confiance dans sa capacité de se développer. Il vit beaucoup de pression, notamment celle de réussir.»

«Le parent doit respecter ce territoire parce que son but est que l’ado développe son autonomie. Si le parent lui dit toujours quoi faire, il lui dit aussi qu’il n’est pas capable de fonctionner sans lui.»

Avant de forcer la porte et de faire le ménage avec ou sans le principal concerné, Rémi Côté suggère de convenir d’un rendez-vous.  «Il faut expliquer ce qu’on veut dire par « propre » et établir un plan simple: un endroit pour ranger les vêtements propres, fournir des placards, des étagères, un endroit où stocker un surplus d’objets. L’ado a besoin d’avoir confiance avec ses parents qui sont là aussi pour l’aider et le conseiller, au lieu de seulement lui faire des reproches.»

Un article de La Presse, signé Judith Lachapelle.

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