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«Non, mon fils n’est pas débile» Isabelle Perrin, l’auteure est mère d’un garçon de 9 ans. (La Presse +)

Isabelle Perrin L’auteure est mère d’un garçon de 9 ans.

« Est-ce qu’il est débile mental et est-ce que c’est contagieux ? »

La phrase résonne encore dans ma tête. Et même prononcée par des enfants du quartier, elle percute le cœur de la lionne au fond de sa savane.

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photo La Presse +

Début juin, nous sommes à Montréal, en pleine Semaine québécoise des personnes handicapées. À des milliers de kilomètres de la Tanzanie, où les enfants handicapés sont jugés comme étant mauvais, et où certaines mères les tuent…

Selon les chiffres officiels de l’UNICEF (voir communiqué d’Handicap International), ils seraient « 93 millions d’enfants qui présentent un handicap, soit un enfant âgé de 14 ans et moins sur 20 ». Ils seraient « plus susceptibles d’être victimes de violence que leurs pairs ne présentant pas de handicap, 3,7 fois plus pour les violences multiples ; 3,6 fois plus pour la violence physique et 2,9 fois plus pour la violence sexuelle ». Des chiffres qui parlent et qui illustrent drôlement bien la question « est-ce qu’il est débile mental et est-ce que c’est contagieux ? »

Nous ne sommes pas en Tanzanie profonde. Nous vivons dans ce fabuleux Québec « fou de ses enfants ». Nos élus pondent à la pelletée les plus belles politiques d’intégration sociale, professionnelle, scolaire, de participation sociale. Et pourtant, nos enfants différents sont en attente de services partout, tout le temps. Au centre de réadaptation, à l’hôpital, à l’école, au camp de jour, dans les centres de répit… Manque de financement et manque de ressources.

Et ta voisine qui te demande si « le handicap de ton fils, c’est pour toujours ? »

Nous ne sommes pas en Tanzanie profonde. Au Québec, les enfants, lorsqu’ils sont pris en charge dans le réseau public, ils le sont, pour la grande majorité du temps, par des professionnels aguerris, des personnes compétentes et dévouées qui font la différence… jusqu’à ce que l’épisode de service soit terminé. Et par souci d’équité pour ceux qui sont inscrits sur la liste d’attente… on passe au suivant !

Et ta tante qui te déclare qu’elle ne sait pas « comment vous faites pour garder un enfant de même ».

Nous ne sommes pas en Tanzanie profonde. Mais derrière ces enfants invisibles se dissimulent des parents encore moins visibles, qui portent sur leurs épaules le manque de service et de soutien. Des as des « multitâches professionnelles » à qui on a tenté de déléguer les compétences des ressources inexistantes, des fées du remplissage de formulaires de programmes gouvernementaux, des magiciens des appels téléphoniques pour obtenir des rendez-vous ou pour parler aux spécialistes…

Et la caissière à l’épicerie qui te laisse entendre que « cet enfant-là n’est pas sortable… »

Nous ne sommes pas en Tanzanie profonde. Mais combien de Québécois ont déjà établi un contact avec une personne qui présente une déficience intellectuelle ? Permettriez-vous à votre enfant de fréquenter un jeune ayant une limitation cognitive ? L’archiconnue tolérance des Québécois s’applique-t-elle à l’égard de la personne différente ?

À mon avis, il y a encore beaucoup d’ignorance et de peur face à la déficience intellectuelle et beaucoup de travail de sensibilisation à faire pour que les choses changent.

Et ton oncle qui veut savoir « à quel moment ton fils rentrera à l’institution ? » …

Nous ne sommes pas en Tanzanie profonde. Mais je me demande tous les jours ce que deviendra mon fils dans le contexte actuel. Et ce qu’il serait devenu, si nous avions habité la Tanzanie profonde.

Et cet enfant qui te demande « s’il est débile mental et si c’est contagieux ? »

Pour votre information, il n’est pas débile mental. Et non, ce n’est pas contagieux.

Il s’appelle Thomas et il adore les fraises du Québec. Avec un peu de crème fouettée et une grosse cuillerée de sirop d’érable.

Et voulez-vous savoir si on l’aime pareil ?

Ici l’article de La Presse +.

Ces photos sont extraites du site Internet de Solidarité de parents de personnes handicapées.

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