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homoparentalité : se faire reconnaître et s’assumer comme parents gais

Si les gais sont largement sortis du placard, ceux qui font des enfants se sentent toujours marginaux. Et pour cause: bien que l’homoparentalité et le recours à des mères porteuses s’annoncent de plus en plus répandus au cours des prochaines années, les parents gais peinent à faire reconnaître les enfants comme les leurs aux yeux de la loi québécoise. Regard sur ce phénomène émergent.

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Le thème de l’homoparentalité n’a pas manqué de s’inviter à la marche de la Fierté gaie du 18 août 2013 à Montréal. Photo : Le Devoir. Annik MH De Carufel

Thierry et François* se croyaient blindés. Ils avaient consacré des soirées entières à la lecture des centaines de pages du contrat les liant à la mère porteuse. Malgré cela, «un peu plus et la maison y passait».

En raison de complications de toutes sortes, la conception de leur fils leur a coûté 200 000$.

L’un est psychiatre, l’autre, fonctionnaire. Très fortunés, ils habitent une maison très design d’un quartier cossu en banlieue de Montréal. Ils ont toujours voulu avoir des enfants. «Quand j’étais petit, j’en voulais sept!» lance Thierry.

Parce que les contrats de mère porteuse ne sont pas reconnus au Québec, Thierry et François ont eu recours à une agence américaine. Thierry fournissait ses gamètes, une parente de François, les ovules.

Par contrat, Abby, propriétaire d’un café dans un petit village du Minnesota et épouse d’un policier, promettait de se faire avorter si l’enfant était trisomique. Non, elle ne ferait ni motoneige ni motocyclette pendant sa grossesse et elle permettrait aux futurs pères d’assister aux échographies. Les futurs pères, eux, promettaient de prendre l’enfant, peu importe son état à la naissance.

Toutes les semaines, pendant la grossesse, les deux parties se parleraient au téléphone. « Ça, c’était particulier, se rappelle François. Dans les premières semaines de grossesse, il ne se passe pas grand-chose et, comme nous n’étions pas des amis de longue date, on n’était pas très à l’aise de lui demander comment avait été sa semaine de travail.»

Premières inquiétudes

Au milieu de la grossesse, premiers signes d’inquiétude. Des saignements, des battements de coeur qu’on entend mal. «Tu te sens vraiment loin dans ces moments-là », poursuit François.

Le couple a dû verser une compensation additionnelle à Abby, étant donné qu’elle a été contrainte de réduire ses heures de travail.

L’enfant est finalement né une semaine et demie avant la date prévue, par césarienne. Né avec le cordon autour du cou, le bébé a passé deux jours aux soins intensifs. « Ça, c’est le gros risque qu’on avait sous-estimé, raconte Thierry. S’il avait fallu que Samuel y reste deux semaines, nous aurions été très mal pris.»

Du Midwest américain, Thierry et François ne s’attendaient pas à tant d’ouverture.

«Nous avons raté l’accouchement, alors les infirmières nous ont envoyé plein de photos de l’enfant pendant que nous étions en route. À l’aéroport, avec le bébé, nous étions presque des vedettes! Tout le monde venait nous parler, sans jugement aucun.»

Complications au Québec

«Ça s’est gâté au Québec, se désole François. On n’est peut-être pas aussi évolué qu’on aime à le croire.»

Quand il a été question de procurer une carte d’assurance maladie à l’enfant, «le préposé, au guichet, m’a regardé comme si j’étais un criminel, évoque François. Puis, sous prétexte que la naissance a eu lieu aux États-Unis, on a voulu nous imposer un délai de carence comme pour les étrangers.»

Ç’a été encore plus compliqué pour le congé de paternité. Thierry a eu le sien, mais pas François. Pourtant, le Régime québécois d’assurance parentale lui avait assuré qu’ils auraient tous les deux droit à leur congé.

«On nous a dit que, comme on n’avait pas fait affaire avec le Secrétariat à l’adoption internationale, on ne reconnaissait pas ma paternité, continue François. Selon le gouvernement, je n’étais pas le père de Samuel. J’en ai perdu le sommeil pendant des nuits.»

Malgré toutes ces difficultés, le couple a entrepris des démarches pour la conception d’un deuxième enfant. Cette fois, il fera appel à une Ontarienne qui a déjà été mère porteuse à quatre reprises.

En temps et lieu, les enfants seront mis au courant de leur histoire, dit le couple, en tenant compte de leur degré de compréhension.

«Samuel saura qu’il n’a pas de mère et qu’il est né grâce au don de deux femmes merveilleuses.»

Croient-ils à l’altruisme de mères porteuses qui sont de pures étrangères? Thierry et François (qui envoient des photos de Samuel à Abby par Facebook) répondent par l’affirmative. «Abby a touché tout au plus 20 000 à 25 000$ en compensations de toutes sortes. Il y a des façons plus faciles de se faire de l’argent», dit François.

«Nous, on n’a obligé personne, poursuit-il. La mère porteuse est contente, nous sommes comblés par notre bébé et notre bébé va très bien. Qui est malheureux là-dedans?»

***

Un phénomène encore marginal

Si les gais deviennent le plus souvent parents en adoptant un enfant de la DPJ et que le recours aux mères porteuses demeure très marginal, personne au gouvernement ne compile de statistiques sur ces deux réalités. Aux États-Unis, entre 1970 et 2008, quelque 25 000 femmes auraient servi de mères porteuses selon la revue spécialisée Social Science and Medicine.

***

La ministre bien au fait du dossier

Le commissaire à la santé et au bien-être rendra un avis en janvier prochain sur le programme de procréation assistée au Québec. Divers mémoires lui ont été envoyés, mais il n’en rendra aucun public, contrairement à ce qui se fait en commission parlementaire. Au cabinet de la ministre de la Famille, on s’est dit «au fait des problèmes qui peuvent survenir dans ces situations». «Nous suivons attentivement la situation et les discussions à venir sur la procréation assistée, où plusieurs intervenants pourront partager leur point de vue», a indiqué Bruno-Pierre Cyr, attaché de presse de la ministre Nicole Léger.

 * Les parents ont demandé l’anonymat pour ce reportage signé Louise Leduc, paru dans La Presse, du 17 août 2013.

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homoparentalité

Dans sa biographie officielle sur l’internet, Julien, titulaire d’un poste très en vue, l’a écrit en toutes lettres: son conjoint et lui sont pères d’un enfant.

«Quelques personnes – dont certains gais – m’ont dit que j’étais courageux.»

Selon une étude du sociologue Michel Dorais et de la psychologue Isabelle Chollet, 70% des gais québécois espèrent un jour avoir une famille.

«Les plus vieux ont eu à faire leur deuil de la paternité, ce qui n’est pas le cas des plus jeunes», complète Isabel Côté, professeure en travail social à l’Université du Québec en Outaouais.

N’empêche, «comme il n’y en a pas encore beaucoup, c’est plus délicat, indique Julien. Être gai? Bof… Il y en a tellement. Mais être gai avec enfants, c’est plus rare. Surtout deux gars.

«Un truc un peu stupide m’est passé par la tête quand j’ai su que bébé allait être un garçon, poursuit-il. Qu’est-ce que les gens allaient dire? Deux gars avec un p’tit gars? Oui, sans doute, il y a certaines appréhensions… Quand tu fais ton coming out, ça repose sur tes épaules, tu es prêt. Là, tu veux juste que ton rejeton ne se fasse écoeurer par personne.»

Jusqu’ici, les appréhensions de Julien n’ont pas été fondées. Il ne s’est nullement senti jugé. Tout au plus l’objet d’une certaine curiosité.

Plus facile avant, mais plus cher

Anna, elle, a songé à être mère à l’époque où les cliniques de fertilité refusaient les lesbiennes. Avec sa conjointe, elle a eu ses deux enfants avant que Québec ne rembourse les programmes de procréation assistée. «En gros, à l’époque, c’était plus cher, mais moins compliqué, légalement.»

Aucune complication pour elles: elles ont toutes les deux été reconnues comme les mères de l’enfant. Encore aujourd’hui, la mère porteuse pour des hommes gais est toujours reconnue comme la mère et l’un des pères doit nécessairement passer devant le tribunal pour être considéré comme le père adoptif.

Anna, qui a grandi «bien avant que Britney Spears n’embrasse Madonna», ne s’est jamais beaucoup affichée. «Quand j’ai voulu devenir mère, là, je n’avais pas le choix.»

«En même temps, quand quelqu’un a demandé à ma fille si elle ressemblait plus à son père ou à sa mère et que je l’ai entendue lui répondre sans aucune hésitation qu’elle avait deux mères, j’ai rougi… Moi, dans ces situations-là, je patine plus.»

Un article de la Presse, signé Louise Leduc.

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